Françoise Morel-Deville soutiendrait son mémoire de masterM2  HPDS le vendredi 10 juin à 10h, Bâtiment IPNL (la Doua), salle du conseil.
Titre : "La science, les scientifiques et les enseignants : quels chemins de dialogue pour quels enjeux?"

RÉSUMÉ :

L’explosion du thème de la société de la connaissance est largement symbolisée par l’extension des interactions entre sciences, techniques et société. Celles-ci auraient des fonctions majeures dans la dynamique des savoirs notamment parce qu’elles agiraient pour étendre le pouvoir d’objection aux citoyens et garantir une assimilation sociale des résultats de la recherche issus des laboratoires. Les travaux actuels qui s’intéressent à ces interactions interrogent la place de la science dans la société, les rapports internes entre les communautés scientifiques ou externes dans les relations qu’elles entretiennent avec la sphère sociale, ou encore les mutations de la culture scientifique et de la vulgarisation des sciences dans l’espace public et dans les médias.

Nous abordons ici un aspect négligé et pourtant important des relations entre la science et la société : son articulation avec l’École. Notre étude empirique questionne les acteurs et les relations partenariales qui existent aujourd’hui entre les organismes de recherche et l’enseignement, les dispositifs collaboratifs mis en œuvre, leurs finalités et la façon dont ils se réalisent. Notre approche est pragmatique, et prend comme terrain d’investigation un organisme de recherche français, l’Inra, et l’enseignement des Sciences de la vie et de la Terre dans le secondaire. Nous approchons les pratiques, les représentations et les attentes de ces acteurs ; nous faisons un état concret des relations entre scientifiques et enseignants et proposons une discussion qui invite au dialogue entre ces deux communautés.

Notre montrons que la recherche et l’enseignement secondaire constituent des mondes qui se côtoient peu. Même s’il fait consensus, le partenariat entre les acteurs de ces communautés reste un acte réservé à une population privilégiée (professeurs de lycée, agrégés, citadins  et chercheurs expérimentés). Lorsqu’ils se rencontrent, les priorités et les objectifs assignés au partenariat sont clairement différents, ainsi que les réalités de mise en œuvre : une délégation à des experts de l’intervention en classe et un centrage sur les élèves « construisants », pour les uns, la diffusion des savoirs et de l’actualité scientifique hors de la sphère académique, pour les autres. Il n’y a donc pas de réelle collaboration entre épistémologie et enseignement.

Au déphasage d’action et d’intention, s’ajoute le fait que les deux populations perçoivent la science et l’enseignement secondaire comme deux mondes qui s’ignorent et l’interprétation qu’elles se font des métiers tend à les isoler des formes d’expression culturelle ou de l’émergence de valeurs nouvelles qui, aujourd’hui, transforment les rapports sociaux. Ces écarts produisent des difficultés  qui s’ajoutent aux contraintes structurelles et/ou d’organisation sociale du travail, tandis que les attentes des acteurs mettent en lumière deux acceptions différentes de la culture scientifique qui, pour les enseignants signifie  « voir la science », tandis que pour les scientifiques, correspond à « faire la science ».

Ces données sont à prendre en compte, notamment dans les didactiques, pour dépasser les divergences et réajuster les rôles dans les sphères collaboratives, de manière à mobiliser les scientifiques et les éducateurs sur des projets communs.

MOTS-CLÉS • Sciences de la vie et de la Terre, enseignement secondaire, organisme de recherche, coopération chercheur-enseignant.